Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 10:11

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Reconnaissant, à travers les nombreuses questions posées par les chercheurs au sujet des mots cités en titre, l'incompréhension et les malentendus où ils les plongent, ce texte a comme propos de les expliciter par le sens que l'enseignement de la Madhyama-màrga leur donne et de préciser les relations qui les lient entre eux.
 
 
 
Comme toujours il faut garder en tête que les mots n'ont pas qu'un seul sens universellement reconnu. Par exemple esprit a différents sens selon qu'il est utilisé par la psychologie, la religion ou la philosophie. Pour certains le mot esprit est un synonyme de âme, pour d'autres il est l'équivalent de mental.
 
 
 
C'est affaire de convention. Quand on s'adresse à des psychologues on utilise l'acception qu'ils reconnaissent. Quand on s'adresse à des religieux on utilise ce mot avec l'acception d'âme, afin de se comprendre en parlant le même langage.
 
 
 
Pour comprendre [co-préhende ; c'est à dire prendre avec soi, intégrer] les propos de la Madhyama-màrga il faut connaître le sens qu'elle donne aux mots utilisés dans son enseignement. C'est une convention utile à la communication.
 
 
 
Pour commencer il faut redonner le sens lexical de chacun des mots sujets de ce texte. Le petit lexique de la Madhyama-màrga, publié sur le blog à la page qui lui est consacrée, servira de référence :
 
 
 
-Âme ( Conscience, Âtman -selon l'āstika*-): C'est notre vrai-soi, l'occupant, le passager de notre corps durant l'existence [incarnation]. L'âme utilise l'intelligence [le mental] mais n'est pas le mental, ni l'égo. L'âme est immortelle et passe de corps en corps à la recherche de son accomplissement. Il est de coutume de dire que : ''les yeux sont les fenêtres de l'âme''. L'âme est cette Conscience qui voit à travers les yeux.
 
 
 
-Mental (le) : c'est l'intelligence, un outil qui produira, selon celui qui l'utilise, de bons résultats ou de moins bons. Si la Conscience est plongée dans le Saint-Nom ou dans le faux-égo les résultats, la production du mental seront différents. Le Satsang et le Service, comme le dharma utilisent le mental ; ont besoin de lui.
 
 
 
-Égo : c'est lui qui permet à l'âme de ''prendre-corps'', de s'incarner et d'avoir une identité terrestre. Sans égo pas d'individualisation de l'âme : la goutte d'eau reste fondue dans l'océan et n'est donc pas une goutte d'eau.
 
 
 
C'est le don de l'égo, incarné, qui permet à l'âme de prendre Conscience ; c'est à dire d'avoir une conscience. L'égo, par la Grâce de l'Un, fait le deux...La dualité fait le libre-arbitre et c'est ce qui permet le retours du fils prodigue après ses pérégrinations. C'est un des effets de la lilà de l'Un.
 
 
 
-Conscience ( la ) ou Purusa : il faut préciser que le purusa, dans le sens que lui donne le Raja-yoga, est le soi suprême de l'homme, la conscience qui voit. Il est madhyastha  [qui se tient au centre] équanime, impartial, impassible : le Marcheur en état de Service est madhyastha. Le purusa  est  plus que la Conscience vue par le regard de la voie. Purusa désignerait l'âme incarnée qui bénéficie, par la Grâce de l'égo, d'une Conscience individuelle.
 
 
 
La Conscience, pour la Madhyama-màrga, est le fruit de la Grâce, via l'incarnation permise par la prise d'égo. C'est la Conscience qui donne des yeux à l'âme et qui lui permet de regarder, à travers eux, la création où l'incarnation évolue, assume son dharma et joue la lilà  de  l'Un pour accomplir son destin : la Réalisation.
 
 
 
La Conscience peut être dans les choses du monde [la maya], sans percevoir le Saint-Nom sous-jacent à toutes choses ou être dans le Saint-Nom par l'Observance. Mettre sa conscience dans le Saint-Nom est la Méditation et le Service [qui est aussi une méditation].
 
 
 
-faux-égo ( Mâra, diable [celui qui sépare] ): c'est ce que d'aucun nomme le mal. C'est une perversion de l'égo, le résultat des ténèbres de l'ignorance. Le faux-égo est cette force d'inertie qui, mécaniquement, attache notre Conscience aux niveaux les plus bas et fait tout pour la garder attachée là.
 
 
 
Les plaisirs du monde, les instincts primaires comme seules références, la seule jouissance, les abus, la haine, la confusion, la dualité, la guerre, les concepts, la folie, l'inconscience, l'inconséquence sont ses créations et il déteste la paix, l'Amour et le Saint-Nom. Il est capable de se déguiser en agneau pour mieux tromper le Chercheur ou le dévot. Il construit tous les pièges possibles pour empêcher l'âme d'arriver à son but ultime. Seule la Grâce peut circonvenir le faux-égo.
 
 
 
Le faux-égo participe des ténèbres [de l'ignorance] en opposition à la Lumière [de la Connaissance] comme l'avait décrit Mani, le fondateur de la religion Manichéenne.
 
 
 
Il est une absence, un trou. Comme les ténèbres sont l'absence de Lumière, le faux-égo est l'absence du Saint-Nom. L'inconscience est l'absence de Conscience et l'ignorance l'absence de Connaissance.
 
 
 
Les ténèbres nous font nous perdre, pris de cécité. L'inconscience nous fait rater le plus bel état où nous puissions être et nous plonge dans la souffrance du doute. L'ignorance fait de nous des êtres qui se perdent dans le moindre cul-de-sac de ''destinées'' contraires.
 
 
 
On ne peut pas dire que la Lumière est l'absence des ténèbres, pas plus que la Conscience est l'absence d'inconscience ni que la Connaissance est l'absence d'ignorance. Parfois une absence, un manque a beaucoup de conséquences sur les êtres et les choses et ces conséquences ne sont pas des vues de l'esprit [dans l'acception des psychologues].
 
 
 
Pour faire simple : l'âme est le vrai-soi transcendantal. Elle est faite de la même essence que le Saint-Nom et appartient au Royaume [voir le lexique]. Elle n'a pas de corps ni d'égo pas plus que d'intelligence. Pareille à une goutte d'eau de l'océan, elle y est fondu et n'a donc aucune existence.
 
 
 
L'incarnation de l'âme se fait grâce à l'égo qui lui donne une identité individuelle . Seule l'incarnation permet d'avoir un égo. L'incarnation et l'égo sont une Grâce qui permet à l'âme de s'individualiser, de devenir ''quelqu'un''. La goutte d'eau sort de l'océan.
 
 
 
Une fois que l'âme est incarnée dans un corps doté d'un égo et d'un mental, qui est l'intelligence du corps, elle acquière une Conscience. La Conscience est le fruit de la synergie entre l'âme, le corps et le mental. La Conscience est le soi qui regarde à travers les yeux, entend par les oreilles et réfléchit en utilisant le cerveau. Notre vrai-soi est composé de deux parties : l'âme et la Conscience [Purusa].
 
 
 
Le corps physique et l'âme vivent parce que le Saint-Nom [le Te des taoïstes] est présent partout : dans le corps et dans l'âme. Le Saint-Nom est issu du Royaume [le Tao, en même temps le Roi et son Royaume] et il interagit avec les ''choses'' et les êtres du monde phénoménal...Il est l'interface entre le Créateur et sa création.
 
 
 
Parce que le Saint-Nom est en nous il nous est possible de le percevoir. Quand on perçoit le Saint-nom, quand on en a Conscience, on en vit les effets. Ces effets nous plongent dans ce que certains nomment le Satori, la béatitude, le nirvanà, la paix, la satisfaction...
 
 
 
Quand on met sa Conscience dans le Saint-Nom on est dans l'état d'Accomplissement qui est la raison d'être de notre existence. Cet état n'est en rien incompatible avec une existence humaine active dans la société des hommes...Il ne faut pas confondre le Satori et le Samadhi...la paix intérieure ne nous plonge pas dans une transe qui empêcherait toute implication dans la vie sociale.
 
 
 
La pratique de la Madhyama-màrga et plus précisément ce qu'elle nomme l'Observance de l'Agya, a comme but la Réalisation de la voie, c'est à dire que cette voie devienne une réalité dans notre vie. Cette voie est une réalité quand notre Conscience est dans le Saint-Nom du lever au coucher. La réalisation n'est pas l'éveil. On peut atteindre l'éveil sans avoir Réalisé la voie et on peut Réaliser la voie sans jamais avoir connu l'éveil. Par contre on peut connaître les deux.
 
 
 
Quand on atteint l'éveil, à force d'abandon de ''soi'' dans la méditation profonde, on reste éveillé tout le reste de son existence, même si on décidait d'abandonner la voie spirituelle et de se consacrer à la maya et à la jouissance de ses plaisirs...
 
 
 
La Réalisation ne s'atteint jamais : elle se fait dans l'instant présent et l'instant se renouvelle à chaque picoseconde, la Réalisation aussi. On ne thésaurise pas la Réalisation, c'est pourquoi il est de coutume de dire : ''La voie est le chemin et le but ''. La voix qui, en nous, parle en se faisant passer pour nous [et qui est ; il faut bien le dire, une part de nous quand-même, le nous temporaire] nous décourage, parfois, en disant : « je n'y arriverais jamais ». Bien sûr ! Il n'est pas question d'y arriver, mais d'y rester.
 
 
 
C'est comme le fait de manger, ou de dormir, ou de se brosser les dents : « je n'y arriverais jamais ! » Bien sur ; les dents ne seront jamais définitivement propres, ni la faim définitivement assouvie, pas plus que le repos atteint qu'il ne soit plus nécessaire de dormir.
 
 
 
La voie, sa pratique qui est l'Observance de l'Agya est de ce ''tonneau'' là : c'est à renouveler sans cesse. En même temps c'est tellement bon de se donner à l'Un et de tant recevoir en échange !...Quand on aime on ne veux pas cesser d'aimer [bhakti].
 
 
 
La Conscience peut se poser en deux ''endroits'' : dans le Saint-Nom ou dans le faux-égo. Lorsque la Conscience est posée dans le Saint-Nom, l'esprit continue de fonctionner, via le mental. On continue de lire, d'écrire, de parler, d'apprendre, d'enseigner, de vivre notre vie d'homme et de femme du monde parmi nos contemporains et d'assumer nos responsabilités et nos obligations [le dharma].
 
 
 
Lorsque notre Conscience [notre attention] est posée dans le faux-égo, dans le manque de Conscience, alors on continue d'utiliser notre mental, mais sans maîtrise, en ''roue-libre'', avec ce que cela comporte de ''psychotage'', de délires, de peur, de médisance, de jalousie, d'envie, de culpabilité, de confusion en un mot !.
 
 
 
Le propos de la voie est de donner, par la Révélation, le moyen de poser sa Conscience sur le Saint-Nom en ''montrant'' ce qu'est le Saint-Nom et où il se trouve, en nous. En montrant aussi la méthode, la technique, la façon de faire pour...Le faire.
 
 
 
Le Saint-Nom est comme cette lettre, dans le roman d'Edgar Allan Poe : tout le monde la cherche et elle était épinglée au mur ; à la vue de tous, mais personne ne la voyait : trop en évidence et les gens cherchaient en des endroits secrets.
 
 
 
La Révélation c'est montrer l'évidence : le Saint-Nom, sa Lumière et sa Musique c'est cela. Ensuite viennent les explications didactiques des techniques qui permettent de mettre sa Conscience au bon endroit, dans la méditation et durant la journée, dans le Service qui est le non-agir cher au zen, au Tao...
 
 
 
Voilà ce qu'est la voie...Elle vous invite, venez-y.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
*àstika : Mystique originaire de l'Inde qui reconnaît la vérité des Védas [dont la Bhagavad-Gîtà fait partie] et de ses conclusions, les Upanishads. Le yoga est une des six écoles de cette mystique. Ce courant philosophique remonterait à plus de sept cent ans avant notre ère.
 
 
 
 
 
 
 
 
L' âme, l'égo, le mental et la Conscience
Par gian yoganand ji - Publié dans : spiritualité - Communauté : SPIRITUALITE - SAGESSE
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