Partager l'article ! La Màyà ou l'illusion.: ...
La Màyà, ce nom a de nombreux sens selon la mystique, la religion qui
l'utilise. Certains nomment ainsi la déité qui, selon eux, crée l'illusion de la dualité dans le monde phénoménal. Pour d'autres la Màyà serait la nature, pour d'autres encore elle serait
le pouvoir dont Dieu userait pour se manifester à nous...Bref ce nom a de très nombreuses acceptions...
Comme, après tout, les mots sont affaire de conventions destinées à
se comprendre en donnant les mêmes sens aux mots dont on se sert pour communiquer ; ainsi chaque profession ou milieu socioculturel possède un vocabulaire qui lui est propre, je vais
prendre comme base de départ de l'explication que la Madhyama-màrga donne à cette Màyà, le sens qui lui est le plus communément donné ; c'est à dire illusion.
Pour les chercheurs occidentaux qui se sont ouverts aux spiritualités
issues des Indes et du Yoga le mot Màyà veut dire l'illusion...L'exemple du reflet dans l'eau est donné souvent : la Màyà serait le reflet de la vérité comme on peut voir le reflet
du monde à la surface de l'eau d'un étang.
Ainsi les mystiques ascètes les plus zélés méprisent-ils le
monde où ils vivent le tenant pour illusion et ne s'intéressent-ils qu'à la vérité rencontrée dans la méditation, ou non. D'autres, plus sélectifs, ne considèrent comme Màyà que les
créations du matérialisme, du mercantilisme, de la finance, des loisirs et de la politique...Sans compter les religions et mystiques qui ne sont pas les leurs...
La Madhyama-màrga a sa propre définition de la Màyà, car pour elle la
Màyà existe et fait partie de sa culture et de son vocabulaire. Sa définition la voici :
''La Màyà, ou illusion n'est pas le monde mais la vision du monde
vu à travers les yeux du faux-égo.''
L'illusion, car illusion il y a bel et bien, n'est pas le fait du
monde, de la création à cause de sa nature phénoménale et limitée dans l'espace et le temps qui le rendrait, comparé à l'éternité du Tao, illusoire et indigne d'intérêt.
Bien sûr que le monde phénoménale où nous vivons est limité dans le
temps et dans l'espace : il a été crée et cessera un jour et le volume qu'il occupe dans l'univers est insignifiant comparé à l'infini de l'espace...Mais est-il, pour autant, une
illusion ? Non, il est une réalité, réalité éphémère et limitée, mais réalité quand-même...
Le fait de le considérer comme
Màyà, illusion indigne d'Amour et d'intérêt est une posture dictée par le faux-égo (ahamkara), habillé de safran...(sous-entendu spirituel). Il est
flatteur, dans une société où la spiritualité est une vertu cardinale (en Inde) de mépriser la Màyà en récitant des mantras, assis face au Gange, sur les marches de Bénares avec son tilak
sur le front.
Pour les mystiques occidentaux il est de bon ton de mépriser le monde
matérialiste en le traitant de Màyà...Cela les pose au dessus de la mêlé et justifie leur dénuement, pas toujours volontaire, dans une société où la réussite, et ses signes, sont le
rêve normatif...
En vérité le Monde est un cadeau de l'Un où nous avons le bonheur de
vivre et qui est le seul endroit où il nous est possible d'accomplir notre destinée...L'incarnation, la prise d'égo est le seul moyen que l'Un a trouvé pour faire que l'âme prenne
conscience et retourne à lui en toute liberté, exerçant son libre-arbitre au profit de sa libération (moksha).
Mais la Màyà existe et elle est vraiment un boulet qui empêche notre
réalisation, d'être en conscience du Saint-Nom (Te ou Satnam)...La Màyà est la création, le fantasme, l’aberration suscités par le faux-égo (ahamkara) qui prend notre
conscience et lui donne une vision fausse...Comme si il nous posait des verres déformants devant les yeux.
L'illusion suscitée par le faux-égo est multiple : par exemple
croire que le travail, la famille, l'acquisition d'une maison et de biens matériels est générateur de bonheur est une illusion. Toutes ces choses (et ces gens) sont utiles, agréables et
il est bon d'avoir un logement, de la famille, de la nourriture, des vêtements et ainsi de suite, mais elles n'apporteront pas, à elles seules, le bonheur...
Tout le monde essaie mais combien y arrivent ?...Les bonheurs du
monde sont éphémères, comme un feux de paille qui laisserait un tas de cendres froides qu'il nous faudrait manger...
L'argent offre le plaisir, le confort, la jouissance des sens mais
absolument pas le bonheur...La pauvreté, le dénuement pas plus...croire ces choses est Màyà ; illusoire. Pour une Marcheuse, un Marcheur (Nom donné à ceux qui suivent l'Agya de la
voie) la Màyà est tout ce qui le sort de la conscience du Saint-Nom...
Quand, au contraire, la beauté du monde renvoie le Marcheur au
Saint-Nom, en lui, alors cette beauté devient le Lilà de l'Un...Son jeux pour le ramener à lui, en toute liberté et en toute conscience...
Parfois le Lilà de l'Un est ''amicale'' parfois il l'est moins, selon
nos critères et le pauvre Job (celui de la Bible) ne dirait pas le contraire...
Il existe d'autres Màyà à chacun de faire sa propre liste...Le
phénomène mental de projection est une de ces illusions : lorsque l'on prête à autrui les intentions, les pensées, les craintes, les sentiments qui sont les nôtres. Souvent
ce phénomène de projection gâche notre relation à l'autre que nous tenons responsable de ce mal-être, alors que sa source est en nous...
Pour le Marcheur de la voie cette liste n'a aucune importance, seul
compte l'Agya, son observance, la grâce et la dévotion...
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